SOFTNESS

SOFTNESS est un projet de show/théâtre physique et performatif qui se penche sur les phénomènes de mise en scène de l’image et de la culture jeune. Le spectacle met en scène trois protagonistes de la génération de l’image exacerbée, de la société du spectacle, celle dont parlait Guy Debord : «Le spectacle est le moment où la marchandise est parvenue à l’occupation totale de la vie sociale. Non seulement le rapport à la marchandise est visible, mais on ne voit plus que lui:  le monde que l’on voit est son propre monde. La production économique moderne étend sa dictature extensivement et intensivement.» Provoquant une crise, celle de l’amitié, les trois protagonistes se heurtent à l’aliénation que provoquent le groupe, le style, la popularité, et la solidarité. Ce conflit - insoluble - met en branle les valeurs estimées du groupe d’amis et induit le doute sur la nature de leur relation.

 « Mes meilleurs amis sont-ils loyaux envers moi ? Et si oui, de quel moi s’agit-il? » A travers l’amitié, l’effet de groupe, de bande, SOFTNESS questionne une génération  de l’intérieur. L’amitié, vu comme le lieu de la sincérité extrême de l’humain, s’effondre. Dernier pilier fondateur pour les protagonistes, cette lutte déconstruit toutes leurs croyances. Créé à partir des souvenirs et des expériences réelles vécues par le groupe de création, le spectacle tente une photographie instantanée, un auto-portrait - un selfie - sur la recherche de sincérité de l’être dans un monde où règne le paraître. Sorte d’espace thérapeutique, la scène devient le lieu de l’intimité et de l’exhibition. S’inspirant des codes du show, de plateaux télévisés, ou encore des battles de danses, de rap, des défilés de haute couture, c’est le règlement de comptes et sa performance qui exhortent les protagonistes. A l’instar du théâtre-forum d’Augusto Boal, ici, ce ne sont plus les spectacteurs qui interviennent, mais les acteurs qui demandent de juger leur performance. Shootés à la valorisation de soi, à la surexposition de l’ego, les trois amis font de l’audience, les followers du show , les protagonistes inévitables de leur recherche de réconciliation.  

Conscients de faire partie de cette classe sociale jeune et cool, bobos ou encore artistes,  souscrite au système et à ce mode de vie et de communication,

 nous nous interrogeons sur  les phénomènes propres à ce milieu. Critique acerbe de la dictature du paraître, de l’exhibition marchande et du culte de la performance, SOFTNESS dénonce la nocivité de ces phénomènes et leur intégration dans la vie sociale. C’est donc bien le paradoxe qui sous-tend la pièce de théâtre : la critique d’un monde de bobos auquel l’ensemble du groupe appartient, où l’individu, le moi prime sur le collectif. Mais à travers le spectacle, c’est aussi la révolte d’un groupe qui s’insurge contre les dictats d’un système néolibéral, par la croyance, presqu’utopique, d’une force de subversion. 

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